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14 avril 2013 7 14 /04 /avril /2013 06:09

A l’enterrement d’internet, il y avait foule. On avait bien fait les choses.

 

A Paris, on lui avait réservé un caveau au Père Lachaise et la foule s’était réunie, nombreuse, sur le boulevard de Ménilmontant pour suivre le funèbre cortège. Puisqu’on était en France, il avait fallu de longs débats, et même un vote à l’Assemblée pour décider que l’on ne réquisitionnerait pas Notre-Dame, que ce serait laïque comme il sied à notre République. Certains avaient pensé conduire le défunt symboliquement au Panthéon, mais il était plein.

  enterrement

A Rome pourtant, le pape s’était montré à son balcon et avait, en latin, béni le disparu en rassurant l’immense assemblée qui convergeait vers la place Saint-Pierre. « Deo gratias, te absolvo in nomine Patris et Fillii et Spiritus Sancti» dit le pontife et la foule compris qu’une place au paradis était ouverte.

 

A Bombay, on avait dressé un grand bûcher pour libérer l’âme et lui permettre de se réincarner bientôt. On s’interrogeait toutefois pour savoir si le cycle éternel pourrait dans ce cas s’accomplir car on ne savait pas très bien ce qui avait brulé.

 

A Washington, on pensa convoquer les fidèles à la cathédrale nationale, ce bâtiment blafard en béton gothique pas très flamboyant, puis on se ravisa et c’est le mall qui se noircit de monde, comme au temps lointain où d’autres réclamaient un cessez-le-feu à Saïgon.

 

A Santiago, c’est un grand stade qui fut choisi, mais les anciens, on ne sait pourquoi, refusèrent de s’y rendre, arguant qu’ils y avaient de mauvais souvenirs, ceux d’une époque que l’on croyait révolus et qui, pourtant, semblait revenir puisqu’internet, déjà avait trépassé.

 

Oui, beaucoup pleuraient.

 

Pendant que quelque uns, réunis chez leur grand gourou, un certain Z., fêtaient sans honte la fin de celui qu’ils avaient épuisé et laissé, exsangue, mourir.

 

Ils ne fêtèrent d'ailleurs pas longtemps car bientôt un signal pirate leur arriva qui disait « Arpanet strikes again ».

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commentaires

A

C'est comme beaucoup de nouveautés, savoir en faire bon usage et que bon usage, une histoire de sages, or ils sont rares
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L


Typiquement, se signer partout avec un identifiant facebook ou google+ au lieu d'un code ou d'une adresse email quelconque veut dire que l'on informe facebook ou google de tout ce qu'on fait sur
internet. C'est aberrant et cela leur donne un pouvoir exorbitant.



O

Cette dernière phrase signifie-t-elle qu'Internet, tel le phénix renaît de ses cendres?
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L


J'ai le sentiment qu'on privatise de plus en plus internet, que chaque acteur dominant essaie d'imposer ses normes, ses règles. Pour se faciliter la vie et compliquer celle de ses concurrents, et
la mienne avec. J'ai lu un article à propos d'un téléphone facebook et ça m'a paru tellement saugrenu: j'ai pensé à Compuserve et à d'autres qui en leur temps apportaient mais qu'on n'allait tout
de même pas recréer en tuant cet internet que nous connaissons, où on peut sauter d'une page à l'autre sans payer sa dîme à facebook ou à un autre.


L'idée des funérailles d'internet est venue comme ça, je ne pense pas l'avoir rendue comme j'aurais voulu. Mais le coup était parti.


Et oui, bien sûr, il renait de ses cendres. A moins que ce soit l'hydre dont les têtes repoussent.



M

coucou


 bel article sur internet   je crois qu'il a encore de beaux jours  devant  lui   bonne journee


Marcel
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L


Oui, mais je crains qu'on ne nous oblige à rentre dans un moule un peu trop défini.



P

Superbes lignes écrites un humour "so british"....merci à toi


 


Bonne journée Lyonnel
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L


Après coup, je me suis rendu compte que l'enterrement de Verlaine (P Fort/ Brassens) me venait à l'esprit, d'où l'illustration. Si j'en parle ici, c'est à cause de l'irruption de Rimbaud /
Kerouac que j'ai vue chez toi (ce matin ou hier, je ne sais déjà plus).



F

un drôle d'enterrement que ferions nous maintenant sans internet on ne pourrait se connaître les blogs n'existeraient pas...
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L


Justement, si on ne s'en occupe pas, il meurt bientôt. Remplacé par un nouveau AOL ou un Compuserve du XXIè bien verrouillé où tout est contrôlé.