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5 janvier 2011 3 05 /01 /janvier /2011 12:49

 

Finalement, j’y suis allé. Je le croyais inaccessible, je me trompais. En été, il surplombe la berge, il faut emprunter un escalier pour y accéder et ensuite un autre pour remonter, si l’on veut, sur le quai retrouver la ville et son vacarme.

 

Mon banc est au bord de la Seine, entre le Pont-Neuf et le Pont des Arts, face à l’Institut et son horloge. Il m’a accueilli quand, cherchant un refuge avec un cahier et un stylo, j’avais besoin d’un havre. La première fois, c’était en été, le soleil brillait. J’étais perdu et me retrouvais en écrivant. Depuis, j’y suis retourné quand les temps étaient durs, quand la vie ne me laissait pas de repos. Mon banc est fidèle, il m’attend. Parfois, d’autres le prennent, mais ils se lassent et je le retrouve.

 

Hier soir, personne ne s’intéressait à mon banc. La Seine était haute et la berge, en contrebas, était submergée si bien que le banc, d’ordinaire haut au dessus de l’eau, en était proche. Dès que l’on descend depuis le quai, la ville se tait et le tintamarre automobile disparaît. Ce soir, c’était le bruit du ressac qui était là, la Seine grosse se prenant pour un océan sans doute. La pierre était froide, je ne suis pas resté longtemps. Assez pour fixer un instant l’horloge, de l’autre côté, me retourner vers le Pont-Neuf et ignorer les passants du Pont des Arts.

 

Qu’étais-je venu chercher en ce soir de janvier ? Ce que je n’avais pas trouvé lors de mes précédents rendez-vous avec le banc, celui que j’ai imaginé pour mon roman, car cette partie n’était pas autobiographique, ou celui, réel qui a fait de cette scène de l’autobiographie prédictive ? Qu’est ce qui m’avait poussé à m’arrêter au bord de la Seine en crue ? Sont-ce ces mots échangés avec celle qui est à la fois une inconnue et une amie? Sont-ce ces autres mots lus dans ce journal que je tenais le printemps et l’été dernier, ceux que j’ai écrit quand je voyais cet amour s’effilocher petit à petit faute de savoir grandir assez ? Ce que j’ai lu m’a étonné : est-ce moi que je décrivais ainsi ? Ma raison voyait déjà ce que le cœur refusait d’accepter, et d’ailleurs refuse encore. Le banc m’aide à les réconcilier. Souvent, je m’y assieds longtemps, quelques heures. Pour écrire ou seulement penser. Le tumulte de la ville est proche, le banc m’en isole et me donne ce calme que recherche mon esprit ces jours là. Hier soir, dans le froid, j’y étais seul. Les touristes avaient déserté ces berges que l’eau a envahies On annonce une reprise de la crue, peut-être l’eau montera-t-elle jusqu’au banc. L’eau du fleuve charrie dans la ville tout ce qu’elle a arraché, comme ce tronc aperçu un peu en amont, amarré sans doute par les pompiers en attendant qu’on vienne l’enlever, pour qu’il ne soit pas un danger pour la navigation. L’eau est forte, elle bat la pierre, elle blanchit les piles des ponts. Du banc, je pouvais écouter sa musique emporter mes noires idées. Combien de cadavres entraîne-t-elle ?

 

Il est là, il restera au bord de l’eau du fleuve qui coule calmement le plus souvent et ne montre sa force brutale et sauvage que certains hivers. Des amours y naîtront, d’autres viendront s’y perdre.

 

C’est mon banc.

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Published by Lyonnel Groulez
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Daphne 04/03/2013 21:38


Les bancs sont les amis de ceux qui savent ecouter... Ils ont eux aussi tant d'histoires a nous confier ! Merci pour ces quelques lignes qui m'ont fait retrouver Paris :)

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