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21 mars 2013 4 21 /03 /mars /2013 06:09

C’est un goujat ordinaire. Il entre dans la rame et bouscule ceux qui y sont déjà tout en bougonnant un « pardon », puis un second plus ferme qui explique à tout un chacun qu’il ne demande pas mais qu’il exige.


Aussitôt, je vois en cet homme sans âge, à la tenue faussement décontractée qui convient à l’ouest parisien, un banquier. Oh, le terme est exagéré, juste un employé de banque, un de ceux qui accueillent le bon client d’un air obséquieux et qui irradient le mépris quand un pauvre bougre vient quémander un délai, quand le plombier espère un peu d’air qu’on lui refuse en souriant tout en invoquant les contraintes qu’ impose « le siège ».

 

Le goujat ordinaire oblige ma voisine à me pousser, et moi, tant bien que mal, je résiste, bascule, me redresse et évite d’être le domino qui fait tomber les autres. Je suis un héros ordinaire. Oh, cela n’irait pas bien loin, la porte opposée nous arrêterait. Je ne suis peut-être pas un héros, finalement. L’homme est tranquille, ignore la foule entassée dans cet espace réduit. Lui, il a trouvé sa place et on sait qu’il se précipitera sur le premier siège qui se libérera au prochain arrêt, sans même s’assurer qu’il n’y a ni femme enceinte, ni vieillard fatigué espérant aussi cette banquette salvatrice.

Le goujat ordinaire est descendu avant moi. Nous nous sommes ignorés. Demain, un autre goujat ordinaire se présentera, il faudra bien lui dire son fait. Sinon, à quoi sert d’être un héros ordinaire ?



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commentaires

O

Oui, certainement. C'est une des fonctions de l'écriture!
Ophélie
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O

On s'y croirait. Bravo pour cette scène croquée sur le vif! J'aime.
Ophélie
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L


Ecrire ces quelques mot permet aussi d'évacuer la frustration d'y être et de pas pouvoir changer grand chose



M

coucou  merci de ton passage chez moi ça m'a fait plaisir     bonne soirée


Marcel
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L


Toujours un plaisir, grand frère!