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5 août 2011 5 05 /08 /août /2011 09:52

C’est un homme qui fait la manche dans le métro, un de plus. Pourquoi m’a-t-il touché celui-là ? Pourquoi m’a-t-il fait chercher les quelques pièces qui restaient dans mon porte-monnaie ? Qu’avait-il de plus, ou de moins, que tous les autres qui récitent leur antienne sans plus même, sans doute, savoir ce qu’ils disent.

 

Celui-là racontait sa vie, comme les autres. Mais il parlait de son métier, de son âge, de ses cinquante-sept ans faisant de lui un rebus de la société. Cet homme là, fut certainement un jeune homme brillant à qui l’on promettait le monde. Il a sans doute vécu, fait carrière peut-être, jusqu’à ce qu’on le jette, usé, à l’occasion d’un nouveau plan social pour le remplacer par un plus jeune, moins cher, plus crédule, plus à la mode, plus obéissant aussi. Il ressemble à ces morts errants de mon « Crime passionnel » dont je n’ai jamais su écrire le dénouement.

 

Tiens, un autre a surgi pendant que j’écris. Je reconnais sa voix, je reconnais ses mots. Je ne lui donnerai pas. Il réclame le respect, l’exige plutôt, il est presque menaçant. Il est beaucoup plus jeune que l’autre, il n’a pas le même passé. Sans doute me touche-t-il moins, ou pas du tout. Son histoire ne me rejoint pas.

 

C’est l’autre, le premier, qui m’a remué. Son histoire, je la devine. Elle pourrait être la mienne, elle pourrait aussi être celle de tous ces gens autour de moi qui ne l’ont pas regardé, tellement ils sont persuadés que rien ne peut leur arriver, à eux, eux de l’élite, de la banlieue ouest bien comme il faut. S’ils savaient.

 

En écoutant son discours, on comprend qu’il a fait des études, qu’il a eu un métier et en a vécu, probablement bien. Aujourd’hui, il lui reste quelques petits boulots, des cours de math comme au temps lointain où il était étudiant.

 

C’est un mort errant, un de ceux pour qui la société n’a pas de place, plus de place. Peut-être un ingénieur indien fait-il, pour presque rien, ce que lui faisait hier. Un ingénieur indien, si compétent et si bon marché, que l’on jettera à son tour le moment venu, quand il sera lui aussi devenu la variable d’ajustement qui permettra de gonfler le dividende. Pour l’instant, il n’en sait rien. Comme le mort errant ne savait pas, autrefois.

 

Je lui ai donné quelques pièces. Elles me manqueront peut-être bientôt, mais quelle importance ? Ce petit geste, presque insignifiant, de solidarité m’a rendu courage et force. J’ai envie de reprendre mon roman, et cette fois de ne plus me laisser engluer dans les dérives sentimentales ou dans des circonvolutions à peine plausibles qui m’ont éloigné de mon propos. Ce mort errant croisé ce matin, c’est lui mon vrai sujet. Aurai-je un peu de talent pour y revenir ? Mais en réalité, je n’en ai pas besoin car l’écriture est égoïste.

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Published by Lyonnel Groulez - dans Au jour le jour
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commentaires

Ophélie Conan 13/08/2011 21:05



Très belle page qui témoigne d'une belle lucidité sur ce que la société fait de nous, si nous ne lui résistons pas un peu, chacun à sa manière, notamment en écrivant. Bon Week-end
Lyonnel. Ophélie



Lyonnel Groulez 05/09/2011 10:32



Que de temps passé depuis ce commentaire... Celui des vacances, de la distance avec des connexions internet douteuses. Des pays entiers sont vus comme morts... et pourtant, ils vivent, et parfois
tellement mieux que nous, les "riches"!



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