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10 janvier 2011 1 10 /01 /janvier /2011 13:33

Oui, ce blog est endormi. Il a atteint le blog rank zéro auquel sont voués tous ses semblables.

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5 janvier 2011 3 05 /01 /janvier /2011 12:49

 

Finalement, j’y suis allé. Je le croyais inaccessible, je me trompais. En été, il surplombe la berge, il faut emprunter un escalier pour y accéder et ensuite un autre pour remonter, si l’on veut, sur le quai retrouver la ville et son vacarme.

 

Mon banc est au bord de la Seine, entre le Pont-Neuf et le Pont des Arts, face à l’Institut et son horloge. Il m’a accueilli quand, cherchant un refuge avec un cahier et un stylo, j’avais besoin d’un havre. La première fois, c’était en été, le soleil brillait. J’étais perdu et me retrouvais en écrivant. Depuis, j’y suis retourné quand les temps étaient durs, quand la vie ne me laissait pas de repos. Mon banc est fidèle, il m’attend. Parfois, d’autres le prennent, mais ils se lassent et je le retrouve.

 

Hier soir, personne ne s’intéressait à mon banc. La Seine était haute et la berge, en contrebas, était submergée si bien que le banc, d’ordinaire haut au dessus de l’eau, en était proche. Dès que l’on descend depuis le quai, la ville se tait et le tintamarre automobile disparaît. Ce soir, c’était le bruit du ressac qui était là, la Seine grosse se prenant pour un océan sans doute. La pierre était froide, je ne suis pas resté longtemps. Assez pour fixer un instant l’horloge, de l’autre côté, me retourner vers le Pont-Neuf et ignorer les passants du Pont des Arts.

 

Qu’étais-je venu chercher en ce soir de janvier ? Ce que je n’avais pas trouvé lors de mes précédents rendez-vous avec le banc, celui que j’ai imaginé pour mon roman, car cette partie n’était pas autobiographique, ou celui, réel qui a fait de cette scène de l’autobiographie prédictive ? Qu’est ce qui m’avait poussé à m’arrêter au bord de la Seine en crue ? Sont-ce ces mots échangés avec celle qui est à la fois une inconnue et une amie? Sont-ce ces autres mots lus dans ce journal que je tenais le printemps et l’été dernier, ceux que j’ai écrit quand je voyais cet amour s’effilocher petit à petit faute de savoir grandir assez ? Ce que j’ai lu m’a étonné : est-ce moi que je décrivais ainsi ? Ma raison voyait déjà ce que le cœur refusait d’accepter, et d’ailleurs refuse encore. Le banc m’aide à les réconcilier. Souvent, je m’y assieds longtemps, quelques heures. Pour écrire ou seulement penser. Le tumulte de la ville est proche, le banc m’en isole et me donne ce calme que recherche mon esprit ces jours là. Hier soir, dans le froid, j’y étais seul. Les touristes avaient déserté ces berges que l’eau a envahies On annonce une reprise de la crue, peut-être l’eau montera-t-elle jusqu’au banc. L’eau du fleuve charrie dans la ville tout ce qu’elle a arraché, comme ce tronc aperçu un peu en amont, amarré sans doute par les pompiers en attendant qu’on vienne l’enlever, pour qu’il ne soit pas un danger pour la navigation. L’eau est forte, elle bat la pierre, elle blanchit les piles des ponts. Du banc, je pouvais écouter sa musique emporter mes noires idées. Combien de cadavres entraîne-t-elle ?

 

Il est là, il restera au bord de l’eau du fleuve qui coule calmement le plus souvent et ne montre sa force brutale et sauvage que certains hivers. Des amours y naîtront, d’autres viendront s’y perdre.

 

C’est mon banc.

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3 décembre 2010 5 03 /12 /décembre /2010 21:09

Lyonnel Groulez n’existe pas, c’est entendu. Il fallait bien commencer par là. C’est un nom qui est apparu lorsque j’ai voulu publier sur internet un récit largement issu d’une expérience personnelle. J’ai écrit ce roman, puisque c’est ainsi que je l’ai défini, par nécessité et sans penser à une éventuelle publication, que ce soit sous une forme classique ou autrement. C’est seulement quand j’ai décidé que la dernière phrase était écrite que j’ai ressenti le besoin de le monter, qu’il soit lu. J’ai créé un blog spécialement pour le publier.

 

Et puis, une fois ce récit terminé, j’ai éprouvé le besoin de commencer un autre roman, un vrai roman cette fois, qui ne puise pas ses détails dans la réalité. Ce roman, c’est « crime passionnel ». J’ai commencé par en proposer des extraits sur le blog qui existait.

 

Seulement, cet espace, j’en ai fait depuis un vrai blog, où j’écris des articles quotidiens, parfois en rapport avec le roman pour lequel il a été écrit, parfois en rapport avec l’actualité, ou avec des évènements que je vis, parfois enfin il s’agit juste de mots que j’ai envie d’écrire et d’afficher. Cela ne laisse pas beaucoup de place pour cet autre roman que je continue d’écrire.

 

Alors, je me suis décidé à créer un autre blog qui sera organisé pour publier « crime passionnel » au fur et à mesure, quand je déciderai que les chapitres sont dans un état qui le permet. J’ai commencé par les deux premiers chapitres, même si je suis loin d’être satisfait de ces textes, mais il fallait bien commencer. Sans doute vais-je créer d’autres rubriques pour proposer aussi des textes isolés que j’ai envie de partager. Ce n’est pas que je sois convaincu de leur qualité, mais c’est ainsi, je ne veux plus les garder pour moi.

 

Souvent, je me dis que si j’avais eu internet il y a trente ans, j’aurais fait d’autres choix, j’aurais peut-être écouté quelques phrases écrites à quinze ans et que j’ai, comme l’homme que l’on suit dans « crime passionnel » oubliées pour succomber au mirage de ce que la société appelle la « réussite ».

 

Aujourd’hui, tout est différent. Je ne cherche rien en créant ce blog, en y proposant des textes. Si quelques uns prennent plaisir à lire les textes, ou simplement y trouvent un intérêt, cela me suffit. Je me contrefiche de la reconnaissance officielle, comme je me contrefiche des esprits grincheux qui diront que je ferais mieux de laisser tout cela dans un tiroir.

 

L’autre blog, celui du roman « addiction » m’a permis de découvrir des textes que j’aime, d’entretenir parfois avec leurs auteurs des relations épistolaires, de leur déclarer, mais c’est un cas isolé, mon amour. Mon amour pour leurs mots, bien sûr. Encore que… Les mots ne sont-ils pas l’expression de l’âme ? Dans la vie, on s’arrête sur un visage, sur un corps et on tombe amoureux d’une femme dont on ne sait rien. Ici, c’est l’âme qui est exposée. Au fond, pourquoi ne pas être amoureux aussi, d’une autre façon. Surtout en sachant que cet amour restera platonique et lointain.

 

Celui-ci, je n’en ferai pas une promotion effrénée, je ne rechercherai pas l’audience. A vrai dire, seuls devraient y arriver quelques curieux qui seront passés par l’autre, pour lequel je n’ai d’ailleurs pas trop fait de retape non plus mais enfin, il a quelques fidèles. C’est un peu idiot car c’est celui-ci qui devrait logiquement accueillir ce que j’écris chaque jour. Mais voilà, l’antériorité est à l’autre, je n’y peux rien. Je vais donc continuer de l’utiliser et j’y annoncerai la publication d’autres textes ici. Il n’est même pas impossible que je finisse par déménager « Addiction ». Rien n’est décidé.

 

Rien du tout ! Et si l’envie me prend de publier une recette de cuisine après un récit de voyage, qu’est ce qui va m’en empêcher ?

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3 décembre 2010 5 03 /12 /décembre /2010 16:57

C'est l'ouverture pour ce blog!

 

Il est là pour accueillir des textes que j'écris. J'y mettrai peut-être aussi des articles au jour le jour mais j'ai déjà sur le blog créé pour un texte en particulier, "Addiction"

 

Dans un premier temps, le blog va être le lieu de publication d'un roman encore en cours d'écriture et dont le titre est "Crime passionnel". On trouvera sur la droite de l'écran la liste des chapitres proposés ici.

 

Ce texte est encore en cours d'écriture, cela veut dire qu'il va vivre, changer et je l'espère s'aléliorer. Il est très loin d'être prêt à être montré, cependant j'ai envie de l'exposer ainsi, tel qu'il est.

 

Et vogue la galère.

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1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 13:00

C’est une errance.

 

L’homme qui est observé dans ce roman a perdu les attributs que la société veut voir chez ses bons représentants. Il dit qu’il est un mort. D’une certaine façon, il l’est. Pas autant que ceux qui mendient dans le métro ou ailleurs. Mais il n’a plus de place dans ce monde qu’il a connu, dont il a été rejeté à la suite de circonstances qu’il n’a ni su, ni voulu vraiment contrôler.

 

Il essaie parfois de retrouver un passé, des repères qu’il a perdu. Il décide la mort d’un autre. Pas n’importe qui, non, celui qu’il croit avoir pris le cœur de sa maîtresse. Mais elle l’aurait quitté de toute manière, puisqu’il est mort et qu’avoir une maîtresse, pour un mort, ce n’est pas acceptable selon la bonne société.

 

Evidemment, cette mort qu’il a décidée est pareille à la sienne. Il n’est pas question de sang. C’est pire, c’est de mort sociale qu’il s’agit.

 

Et puis, il y a un amour, dont personne ne sait s’il est terminé. Mais lui sait qu’il ne peut reprendre, qu’elle en a décidé autrement, parce qu’il est un mort. Il reste une affection, ou peut-être veut-il qu’il en soit ainsi.

 

Il va naviguer entre sa résolution de mener cet homme qu’il ne connaît pas vers la mort et un amour qui n’existe plus vraiment pour une maîtresse qui pourtant reste très présente.

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1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 12:00

Il marche. Il est seul. Il ne sait pourquoi, ni comment, il s’est retrouvé rue de l’Université, il ne reconnaît pas l’immeuble où il a habité près de trente ans plus tôt. Pourtant, la rue n’a guère changé, elle devait être déjà très semblable à ce qu’elle est maintenant. Peut-être certains porches qui étaient ouverts autrefois sont-ils aujourd’hui fermés, peut-être les bourgeois de ce quartier veulent-ils se calfeutrer encore plus, mais la rue, elle, est la même.

 

Il marche. Il recherche son passé, à moins que ce ne soit son présent. Qu’est devenu le jeune homme brillant, promis à un si bel avenir, qui arpentait lui aussi cette rue ? C’est un jour d’été, Paris est écrasé sous cette chaleur accablante qui s’abat parfois sur cette ville qui ne connaît pas la mesure. C’est l’après midi, la ville pourrait être endormie. Les bourgeois de la rue de l’Université ont quitté la capitale, ils sont sur la côte, ils sont entre eux. Lui, il n’est pas l’un d’entre eux, il n’a jamais voulu être l’un de ceux là. Pourtant, il est là, dans cette rue. Il marche. Il observe les immeubles, reconnaît les rues qu’il traverse, qui lui ont été familières, qui lui sont étrangères. Des étudiants sortent de la faculté de médecine, cela le surprend, en plein mois d’août. Ces jeunes hommes et femmes, promis à un avenir radieux, le ramènent à l’époque où lui aussi regardait insouciant le futur, où il croyait, naïf, rencontrer cet avenir brillant qu’on lui promettait par la simple vertu du travail bien fait, sans comprendre que, dans ce pays et à ce moment là, l’apparence avait beaucoup plus d’importance que la réalité.

 

Il marche. Il a quitté la rue de l’Université, il est rue Jacob. Il n’ira pas à Saint Germain des Prés, pas sur cette place près de l’église, cette place avec ses cafés fameux. Il n’en a pas envie et d’ailleurs, le jeune homme qu’il était n’aimait pas ces lieux de foule où l’on se montre. Il préférait déjà ces rues où ni les touristes ni les mondains ne vont. Bien des immeubles portent pourtant des plaques, pour rappeler qu’un musicien célèbre y a habité, qu’un traité important y fut signé, des plaques que personne ne lit.

 

Il marche, il aperçoit la place de Furstemberg. Non, il ne va pas s’y avancer. Il se souvient de cet endroit, il se dit qu’il l’aime. Mais non, il n’y va pas, il préfère continuer son chemin. Il sait pourtant qu’il va quitter les rues calmes, retrouver l’agitation, le boulevard Saint Germain. Il est seul, il restera seul dans la foule.

 

Marcher, marcher encore, sans but réel, sans même vraiment rechercher les traces du jeune homme qu’il a cru retrouver rue de l’Université. Il passe devant des immeubles où jadis il est entré, il le sait, mais les souvenirs ne s’imposent pas à lui, il avance dans la chaleur, il n’a pas de but, si ce n’est celui de se rencontrer lui-même. Le voici Place Saint André des Arts, il est passé devant quelques cinémas qu’il a fréquentés, où il a vu quelques classiques oubliés, dans une salle presque déserte, une autre après-midi, dans un autre temps, celui de sa jeunesse. Il remarque qu’ici, bien que la rue soit immuable, tout a changé. Les enseignes ne sont plus les mêmes, les restaurants ont disparu, la Rôtisserie Périgourdine a été remplacée par une pizzeria. Il s’en désole, il s’en moque puisqu’il n’a jamais mangé dans cet immeuble, ni sous son ancien nom, ni sous le nouveau.

 

Il ne sait pas où il va. Il est fatigué. Le jeune homme est un quinquagénaire. Il traverse la Seine, il est sur l’île de la Cité. Les touristes sont alignés pour visiter la Sainte Chapelle. Lui, il préfère aller se perdre au marché aux fleurs. Il remarque encore quelques plaques à la mémoire de braves tombés pour la Libération de Paris, ex-voto portant des noms dont, bientôt, plus personne ne se souviendra. Il se dit que ces jours là, bien avant sa naissance mais si proches, devaient ressembler à cette journée où il marche dans Paris: la même chaleur, les mêmes pierres. Pas de touristes bien sûr, des soldats, des coups de feu, la mort. Il pense à sa mort. N’est-il pas mort déjà ?

 

Il a perdu son compte en banque, dans la société où il vit, c’est comme si il était mort. Mais il s’en moque, cela n’a pas d’importance pour lui, il sait que de cette mort là, on finit par revenir.

 

Il est mort pourtant. Il a perdu sa femme. Elle l’a abandonné.

 

Il a perdu sa maîtresse, elle lui en a préféré un autre, plus jeune, plus riche, plus conforme à ce que la société attend d’un amant.

 

Il pense à cet homme qui représente tellement bien tout ce que lui a en horreur: l’amour de l’argent, le mépris de ceux qui n’ont pas les mêmes valeurs, la servitude acceptée au service de maîtres encore plus riches. Il n’a pas de haine pour cet homme qui a détourné sa maîtresse de lui. Non, il n’a pas de haine mais il sait qu’il va le détruire. Oui, le détruire, cet homme qu’il ne connaît pas, qui ne le connaît pas. Oui, le détruire, cet homme qu’il voit comme un symbole de tout ce qu’il déteste et qui l’a précipité dans la mort.

 

Il ne sait pas encore comment s’y prendre. Il sait qu’il va le faire. Cet inconnu va payer pour tous les autres, tous ses semblables qui ont détruit son monde en adorant leur seul dieu, l’argent.

 

Il entre dans une boutique du marché aux fleurs. Malgré les touristes, le calme y règne. Il observe une orchidée. Il cherche un plan pour détruire celui qu’il a désigné comme son ennemi.

 

Cet homme va mourir. Mais pas d’une mort physique, ce serait trop doux. Non, c’est à la mort sociale qu’il est condamné. Il sait que c’est injuste, car cet homme n’a commis aucun crime, n’a même pas cherché à lui nuire, pas directement, pas sciemment. Mais il est résolu. Cet homme, qui a détourné sa maîtresse en lui laissant entrevoir un monde de dupes, doit payer. Payer pour tous ses semblables.

 

Il aperçoit Notre-Dame. Il ne croit pas en ce dieu. Il lui parle parfois. Il lui arrive même d’entendre des réponses. Mais il ne croit pas en ce dieu qui se dit d’amour et laisse commettre tant d’atrocités, en son nom. Il a envie de demander à ce dieu comment s’y prendre pour immoler celui qu’il a désigné. Il n’attend pas de réponse.

 

Il sait qu’il devra trouver lui-même. Il n’est pas inquiet, il sait qu’il trouvera. Il ne sait pas quand, ni comment, mais il sait. Et il a tout son temps. Il est mort.

 

Chapitre suivant : Planification

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30 novembre 2010 2 30 /11 /novembre /2010 12:00

Chapitre précédent : Résolution

 

Il a pris sa résolution et a quitté la foule parisienne. Il est chez lui, il est seul à nouveau, vraiment seul cette fois, pas simplement isolé du monde. Il a condamné cet homme mais que sait-il de lui ? Pas grand-chose. Il a un nom, le prénom d’un patron, le prénom de la maîtresse de ce patron et c’est à peu près tout. Il n’a qu’un autre détail un peu sérieux : il sait dans quel ville habite l’homme. C’est mince pour une condamnation à mort.

 

Il sait qu’il va le trouver : qui arrive à garder l’anonymat de nos jours ? Tout le monde laisse des traces sur internet. Il sait pourtant que ce n’est pas si simple, surtout pour son projet. Encore, s’il s’agissait de le retrouver et d’aller le supprimer, ce ne serait pas si compliqué, mais ce qu’il veut est plus élaboré : il doit vivre mais disparaître de la société, il doit être privé de tout ce qu’il vénère, son statut, ses amis s’il en a.

 

Il ne sait pas comment il va s’y prendre pour mettre en œuvre sa résolution. Pour l’instant, il a tellement peu d’information qu’il n’a aucune idée des faiblesses du condamné qu’il doit exécuter. Il en entrevoit une, au travers des imprudentes confessions de sa maîtresse, de son ancienne maîtresse plutôt puisque cet homme l’en a privé. Il sait qu’il est marié, qu’il dit n’avoir jamais trompé sa femme auparavant. Il perdra donc femme et maîtresse. Ce sera une première étape.

 

Il n’a toujours pas de plan, mais il a un premier objectif.

 

Il sait qu’en voulant détruire cet homme, il va détruire aussi ceux qui lui sont proches, il n’en éprouve cependant aucun remord, çà le surprend, çà le choque même. Mais c’est ainsi, il est déterminé. Après tout, la justice ne s’est jamais beaucoup souciée de la famille des condamnés à mort et aujourd’hui, c’est lui qui a rendu la justice, et il s’est désigné comme bourreau. Sa sentence est sans appel.

 

Elle est sans appel, mais il ne sait toujours pas comment l’appliquer. Le plan est simple : il mettra la femme de cet homme en présence de la maîtresse. La femme, il n’éprouve ni pitié ni compassion pour elle. Elle peut souffrir, cela lui est égal. La maîtresse, c’est autre chose. Il l’a aimée quand elle était la sienne, sa maîtresse à lui, avant qu’elle ne le trahisse pour cet homme d’apparence. En souvenir de cet amour passé, il hésite. L’amour n’est pas si passé que cela. Et puis, il voudrait que ce soit elle qui le quitte, qu’elle participe à l’exécution. Il sent que son plan est trop simpliste, qu’il faudrait trouver plus subtil. Il sait par leur maîtresse commune que sa femme a senti quelque chose, qu’elle a des doutes sur la fidélité de son exemplaire mari, de l’homme parfait. Il sent que c’est le point faible par lequel il faut attaquer. Il ne sait pas comment.

 

Il pense aux solutions immédiates. L’appel téléphonique anonyme est éliminé, la recherche dans l’annuaire ne donnant rien. La lettre, anonyme elle aussi, s’impose. Mais il ne connaît pas non plus l’adresse à laquelle la noire missive devrait être envoyée. Et puis, que dire ? « Madame, votre mari est infidèle ». Facile, mais un peu court. Même si elle est disposée à le croire, il lui faudra plus pour déclencher à son tour la guerre.

 

Pour le moment, il cherche à trouver comment il va opérer. Ce qu’il fera savoir à l’exécuteur qu’il a choisi, il n’en a pas d’idée précise. Il doit d’abord la trouver.

 

Et c’est là qu’il se souvient qu’il a été ce brillant jeune homme qui savait trouver une solution à tous les problèmes, aussi complexes fussent ils. Celui là, il ne lui semble pas si difficile. Il connaît le nom de celui qu’il veut détruire, il s’appelle Gilles Taillembelle. Par chance, ce n’est pas un nom très commun. L’homme parfait, tout à sa carrière, à son besoin de cultiver ses relations a forcément laissé des traces.

 

Et lui, il sait chercher, au moins sur internet. Avec un peu de chance, madame Taillembelle y aura elle aussi laissé quelques traces, il sera peut-être possible de l’y trouver, de lui laisser un message. Une fois que le moyen aura été construit, il sera bien temps de s’attaquer au contenu.

 

Mais pourquoi tous les ambitieux infatués ont-ils besoin d’étaler leur vie ainsi. Car ce Gilles Taillembelle n’échappe pas à la règle : il s’est inscrit sur plusieurs réseaux sociaux et n’importe qui peut reconstituer sa vie. Il est vulnérable, ce condamné, et le juge est satisfait.

 

Il a découvert son métier, il sait où il travaille : l’atteindre ne sera pas trop difficile, ce n’est qu’une question de temps. Mais pour l’instant, il cherche autre chose, il cherche la femme du condamné car c’est auprès d’elle qu’il a décidé de le discréditer d’abord.

 

Pour elle, c’est plus dur. Elle n’est pas inscrite à ces réseaux sociaux, pas sous son nom d’épouse, le seul qu’il connaisse. Et puis, il n’a même pas son prénom. Il doute. Va-t-il la trouver ? Il cherche, cela fait déjà plusieurs heures qu’il cherche en vain. Il se décourage. Il va abandonner, pour ce soir. Mais non, il ne peut pas, il doit continuer, essayer encore, jusqu’à ce qu’elle apparaisse. Il parcourt tous les résultats que proposent les outils de recherche sur internet, jusqu’à la dixième page, la centième, il ne veut pas renoncer.

 

Et il finit par trouver une madame Taillembelle. Il a même sa photo. Mais est-ce bien elle ? Est-ce bien l’épouse de son Gilles Taillembelle, l’homme parfait ? Il a découvert un prénom, Christine, mais comment s’assurer que cette Christine est bien celle de Gilles ?

 

Il ne voit qu’une solution : il faut trouver son adresse. Peut-être auront-ils laissé une indication des deux prénoms sur la boite à lettre. Mais comment faire, l’annuaire n’ayant rien donné.

 

Il repart sur internet. La nuit est très avancée, mais peu importe, il n’a pas sommeil. Il a une exécution à organiser.

 

L’homme parfait a certainement commis une imprudence, son adresse doit être écrite quelque part sur internet. Il a appris beaucoup depuis le début de la soirée sur cet homme dont il ignorait presque tout quelques heures plus tôt, ce qui ne l’avait pas empêché de le condamner. L’homme parfait, quand il ne séduit pas les maîtresses des autres, a un métier. Il est satisfait d’avoir découvert que ce métier colle bien à l’image lisse que l’homme parfait donne : Monsieur Gilles Taillembelle est conseiller en finances privées. Encore un expert de l’évasion fiscale, des placements à haute rentabilité. Oui, tout ce qu’il déteste. C’est un serviteur de l’argent roi. Il a encore moins de remord à exécuter la sentence qu’il a prononcée.

 

C’est grâce à cette activité méprisable, et sans doute à l’avidité de cet individu qui en vit, qu’il a finit par la trouver, cette adresse. Car Taillembelle, non content d’exercer son sinistre métier au service d’une entreprise a voulu le faire aussi en consultant indépendant, et s’est pour cela inscrit au registre du commerce. Il a fait une erreur, il a donné une adresse.  L’annuaire téléphonique ne propose bien sûr personne du nom de Taillembelle à cette adresse mais il semble indiquer que c’est celle d’un immeuble d’habitation, pas de bureaux.

 

Il ne peut en être sûr. Mais vérifier n’est pas compliqué, il suffit de se rendre sur place et de contrôler ce qui est écrit sur la boite à lettre. Il n’hésite pas et malgré la fatigue prend le volant pour parcourir les quelques kilomètres qui le séparent de ce qu’il pense être la résidence du condamné.

 

Oui, il y a bien un Taillembelle. Mieux il est écrit Gilles et Christine Taillembelle. Il n’a plus de doute. C’est là. Et celle qu’il a découverte est bien l’épouse trompée qu’il cherche. Il hésite : va-t-il l’alerter par courrier électronique ou choisir un vecteur plus classique. Il pense à se protéger : non qu’il craigne des représailles ou l’action de la police, il est mort déjà et ne s’en soucie plus. Mais il veut être libre jusqu’à la pleine exécution de sa sentence. Il veut voir le résultat, la déchéance de l’homme parfait. Il sait que ce sera certainement long et il veut, tout mort qu’il est, voir ce réjouissant spectacle jusqu’à son terme.

 

Il connaît des moyens de préserver l’anonymat de messages électroniques, il sait d’ailleurs que c’est à la portée de n’importe quel curieux un peu astucieux. Il pourrait donc choisir cette solution mais elle a un inconvénient, de taille, il ne pourra pas savoir à coup sûr si elle le reçoit. Alors il cherche une autre façon de l’atteindre.

 

En la dénichant, il a aussi découvert où elle travaille. Et il sait qu’avec un nom et une entreprise, on arrive à joindre une personne, on arrive même assez facilement à lui parler directement. Il attend le matin avec impatience.

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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 10:00

Il est présomptueux de reprendre un titre comme celui du grand Charles. Non, pas le général, le poète, Charles Baudelaire. Alors, je n’ai pas pris « spleen », j’ai joué, comme un vulgaire traducteur automatique, à remplacer ce mot qu’il n’avait pas pu traduire et qu’il avait préféré conserver faute d’en trouver un équivalent correct et qui, par lui, est passé dans la langue française. Cer c’est bien de spleen qu’il s’agit ici.

 

Ma rate de Paris, ce sont des textes qui me viennent parce que je suis dans cet état de spleen, absent de ce monde qui m’entoure, où je suis encore parce qu’il le faut bien mais où je ne suis plus.

 

Les textes:

 

Une rue

Lettre à ne pas envoyer

Une même rue

L'affiche

Mars

Lundi

An ou pas ?

La fête perdue

Blessure

Marrons

Ephémère résurrection

Mouvement

Soubresaut

Longueur

Jardins

Derniers adieux

Brumeuses

La mort des hortensias

Réminiscence

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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 09:50

       

C’est une rue ordinaire d’une banlieue que les bourgeois fuient. A toute heure du jour et de la nuit, il y règne une animation que les banlieues chics ne connaissent pas. Ce sont des groupes de jeunes qui l’été peuplent les trottoirs où de vagues terrasses faites de quelques tables de fer et de chaises défraîchies n’invitent guère les passants de hasard. De toute manière, personne n’y vient ainsi. Les gens comme il faut, s’ils viennent à passer par là enfermés dans leur voiture verrouillée, ne s’arrêtent pas et observent de loin les jeunes à casquette ou cagoule.

 

Ce serait une rue ordinaire pourtant : elle est bordée d’arbres qui offrent une ombre bienvenue quand le soleil de juillet allonge le temps. Elle fut peuplée sans doute autrefois par les ouvriers qui gagnaient leur vie dans les ateliers maintenant désaffectés qui la bordent. Il reste quelques commerces qui ne tentent même pas une enseigne aguicheuse et survivent malgré le voisinage d’un centre commercial.

 

Ce serait une rue ordinaire si je n’y avait trouvé, dans cette boite rouillée à défaut d’écrin soyeux, un diamant.

 

Je l’ai perdu.

 

La rue est là, immobile, je n’y reviendrai plus.


 

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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 09:40


Aujourd’hui, j’ai peine à croire les rares nouvelles que tu me donnes encore. Si certains détails sont faux, comment puis-je accepter le plus important. Si tu vis toujours là où je t’ai connue, pourquoi m’annonces-tu que tu es ailleurs ? Tu sais pourtant que je ne viendrai plus te rejoindre. Si tout a changé dans ta vie, pourquoi as-tu encore récemment répondu à certaines annonces ? J’aimerais mieux ne pas savoir cela, j’aimerais mieux ne pas douter de ton bonheur.

 

 

 

Te souviens tu de ce temps, hélas si lointain, où tu disais ne pas pouvoir me mentir ? Ce temps où tu me racontais tes malheurs et tes rares instants de bonheur. Ce temps où nous nous retrouvions souvent l’après-midi, ou le matin, ou trop rarement la nuit. La nostalgie s’empare de moi quand ton sourire revient en souvenir. Tes pleurs et tes cris d’horreur d’un jour qui était annoncé comme heureux sont présents aussi. En ce temps là, tu hésitais quelquefois et à la fin tu me disais la vérité.

 

 

 

Ton bonheur, je serais de toute manière incapable d’être celui qui te l’apporterait. Tu sais qu’il fut un temps, pas si lointain, non pas si lointain, où nous rêvions ensemble, à moins que nous n’ayons jamais fait que semblant de rêver ensemble, qui sait ? Ces rêves là sont passés, les as-tu faits, les fais tu, avec un autre. Ne crois pas que la jalousie se soit encore emparée de moi, j’ai renoncé à cela aussi et je sais que même si la solitude est encore ta compagne, elle ne me fera pas de place, elle ne s’effacera plus pour me laisser cette place que toi, tu m’avais donnée.



Et tu sais, toi, que mon cœur est restée accroché à celui d’une autre qui dit qu’elle n’en veut plus, à cause de toi, à cause de toutes les autres qui n’ont pas compté et que je n’ai pas comptées, à cause de tant d’autres choses sans rapport avec toi ni avec aucune autre. Souvent, elle veut m’envoyer te rejoindre mais sa colère l’empêche de savoir. De savoir qu’il fut un temps, pas si lointain, pas si lointain, où tu aurais accepté que je te rejoigne, où nous aurions pu. Je t’aimais, je l’aimais pourtant.

   

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