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30 novembre 2010 2 30 /11 /novembre /2010 12:00

Chapitre précédent : Résolution

 

Il a pris sa résolution et a quitté la foule parisienne. Il est chez lui, il est seul à nouveau, vraiment seul cette fois, pas simplement isolé du monde. Il a condamné cet homme mais que sait-il de lui ? Pas grand-chose. Il a un nom, le prénom d’un patron, le prénom de la maîtresse de ce patron et c’est à peu près tout. Il n’a qu’un autre détail un peu sérieux : il sait dans quel ville habite l’homme. C’est mince pour une condamnation à mort.

 

Il sait qu’il va le trouver : qui arrive à garder l’anonymat de nos jours ? Tout le monde laisse des traces sur internet. Il sait pourtant que ce n’est pas si simple, surtout pour son projet. Encore, s’il s’agissait de le retrouver et d’aller le supprimer, ce ne serait pas si compliqué, mais ce qu’il veut est plus élaboré : il doit vivre mais disparaître de la société, il doit être privé de tout ce qu’il vénère, son statut, ses amis s’il en a.

 

Il ne sait pas comment il va s’y prendre pour mettre en œuvre sa résolution. Pour l’instant, il a tellement peu d’information qu’il n’a aucune idée des faiblesses du condamné qu’il doit exécuter. Il en entrevoit une, au travers des imprudentes confessions de sa maîtresse, de son ancienne maîtresse plutôt puisque cet homme l’en a privé. Il sait qu’il est marié, qu’il dit n’avoir jamais trompé sa femme auparavant. Il perdra donc femme et maîtresse. Ce sera une première étape.

 

Il n’a toujours pas de plan, mais il a un premier objectif.

 

Il sait qu’en voulant détruire cet homme, il va détruire aussi ceux qui lui sont proches, il n’en éprouve cependant aucun remord, çà le surprend, çà le choque même. Mais c’est ainsi, il est déterminé. Après tout, la justice ne s’est jamais beaucoup souciée de la famille des condamnés à mort et aujourd’hui, c’est lui qui a rendu la justice, et il s’est désigné comme bourreau. Sa sentence est sans appel.

 

Elle est sans appel, mais il ne sait toujours pas comment l’appliquer. Le plan est simple : il mettra la femme de cet homme en présence de la maîtresse. La femme, il n’éprouve ni pitié ni compassion pour elle. Elle peut souffrir, cela lui est égal. La maîtresse, c’est autre chose. Il l’a aimée quand elle était la sienne, sa maîtresse à lui, avant qu’elle ne le trahisse pour cet homme d’apparence. En souvenir de cet amour passé, il hésite. L’amour n’est pas si passé que cela. Et puis, il voudrait que ce soit elle qui le quitte, qu’elle participe à l’exécution. Il sent que son plan est trop simpliste, qu’il faudrait trouver plus subtil. Il sait par leur maîtresse commune que sa femme a senti quelque chose, qu’elle a des doutes sur la fidélité de son exemplaire mari, de l’homme parfait. Il sent que c’est le point faible par lequel il faut attaquer. Il ne sait pas comment.

 

Il pense aux solutions immédiates. L’appel téléphonique anonyme est éliminé, la recherche dans l’annuaire ne donnant rien. La lettre, anonyme elle aussi, s’impose. Mais il ne connaît pas non plus l’adresse à laquelle la noire missive devrait être envoyée. Et puis, que dire ? « Madame, votre mari est infidèle ». Facile, mais un peu court. Même si elle est disposée à le croire, il lui faudra plus pour déclencher à son tour la guerre.

 

Pour le moment, il cherche à trouver comment il va opérer. Ce qu’il fera savoir à l’exécuteur qu’il a choisi, il n’en a pas d’idée précise. Il doit d’abord la trouver.

 

Et c’est là qu’il se souvient qu’il a été ce brillant jeune homme qui savait trouver une solution à tous les problèmes, aussi complexes fussent ils. Celui là, il ne lui semble pas si difficile. Il connaît le nom de celui qu’il veut détruire, il s’appelle Gilles Taillembelle. Par chance, ce n’est pas un nom très commun. L’homme parfait, tout à sa carrière, à son besoin de cultiver ses relations a forcément laissé des traces.

 

Et lui, il sait chercher, au moins sur internet. Avec un peu de chance, madame Taillembelle y aura elle aussi laissé quelques traces, il sera peut-être possible de l’y trouver, de lui laisser un message. Une fois que le moyen aura été construit, il sera bien temps de s’attaquer au contenu.

 

Mais pourquoi tous les ambitieux infatués ont-ils besoin d’étaler leur vie ainsi. Car ce Gilles Taillembelle n’échappe pas à la règle : il s’est inscrit sur plusieurs réseaux sociaux et n’importe qui peut reconstituer sa vie. Il est vulnérable, ce condamné, et le juge est satisfait.

 

Il a découvert son métier, il sait où il travaille : l’atteindre ne sera pas trop difficile, ce n’est qu’une question de temps. Mais pour l’instant, il cherche autre chose, il cherche la femme du condamné car c’est auprès d’elle qu’il a décidé de le discréditer d’abord.

 

Pour elle, c’est plus dur. Elle n’est pas inscrite à ces réseaux sociaux, pas sous son nom d’épouse, le seul qu’il connaisse. Et puis, il n’a même pas son prénom. Il doute. Va-t-il la trouver ? Il cherche, cela fait déjà plusieurs heures qu’il cherche en vain. Il se décourage. Il va abandonner, pour ce soir. Mais non, il ne peut pas, il doit continuer, essayer encore, jusqu’à ce qu’elle apparaisse. Il parcourt tous les résultats que proposent les outils de recherche sur internet, jusqu’à la dixième page, la centième, il ne veut pas renoncer.

 

Et il finit par trouver une madame Taillembelle. Il a même sa photo. Mais est-ce bien elle ? Est-ce bien l’épouse de son Gilles Taillembelle, l’homme parfait ? Il a découvert un prénom, Christine, mais comment s’assurer que cette Christine est bien celle de Gilles ?

 

Il ne voit qu’une solution : il faut trouver son adresse. Peut-être auront-ils laissé une indication des deux prénoms sur la boite à lettre. Mais comment faire, l’annuaire n’ayant rien donné.

 

Il repart sur internet. La nuit est très avancée, mais peu importe, il n’a pas sommeil. Il a une exécution à organiser.

 

L’homme parfait a certainement commis une imprudence, son adresse doit être écrite quelque part sur internet. Il a appris beaucoup depuis le début de la soirée sur cet homme dont il ignorait presque tout quelques heures plus tôt, ce qui ne l’avait pas empêché de le condamner. L’homme parfait, quand il ne séduit pas les maîtresses des autres, a un métier. Il est satisfait d’avoir découvert que ce métier colle bien à l’image lisse que l’homme parfait donne : Monsieur Gilles Taillembelle est conseiller en finances privées. Encore un expert de l’évasion fiscale, des placements à haute rentabilité. Oui, tout ce qu’il déteste. C’est un serviteur de l’argent roi. Il a encore moins de remord à exécuter la sentence qu’il a prononcée.

 

C’est grâce à cette activité méprisable, et sans doute à l’avidité de cet individu qui en vit, qu’il a finit par la trouver, cette adresse. Car Taillembelle, non content d’exercer son sinistre métier au service d’une entreprise a voulu le faire aussi en consultant indépendant, et s’est pour cela inscrit au registre du commerce. Il a fait une erreur, il a donné une adresse.  L’annuaire téléphonique ne propose bien sûr personne du nom de Taillembelle à cette adresse mais il semble indiquer que c’est celle d’un immeuble d’habitation, pas de bureaux.

 

Il ne peut en être sûr. Mais vérifier n’est pas compliqué, il suffit de se rendre sur place et de contrôler ce qui est écrit sur la boite à lettre. Il n’hésite pas et malgré la fatigue prend le volant pour parcourir les quelques kilomètres qui le séparent de ce qu’il pense être la résidence du condamné.

 

Oui, il y a bien un Taillembelle. Mieux il est écrit Gilles et Christine Taillembelle. Il n’a plus de doute. C’est là. Et celle qu’il a découverte est bien l’épouse trompée qu’il cherche. Il hésite : va-t-il l’alerter par courrier électronique ou choisir un vecteur plus classique. Il pense à se protéger : non qu’il craigne des représailles ou l’action de la police, il est mort déjà et ne s’en soucie plus. Mais il veut être libre jusqu’à la pleine exécution de sa sentence. Il veut voir le résultat, la déchéance de l’homme parfait. Il sait que ce sera certainement long et il veut, tout mort qu’il est, voir ce réjouissant spectacle jusqu’à son terme.

 

Il connaît des moyens de préserver l’anonymat de messages électroniques, il sait d’ailleurs que c’est à la portée de n’importe quel curieux un peu astucieux. Il pourrait donc choisir cette solution mais elle a un inconvénient, de taille, il ne pourra pas savoir à coup sûr si elle le reçoit. Alors il cherche une autre façon de l’atteindre.

 

En la dénichant, il a aussi découvert où elle travaille. Et il sait qu’avec un nom et une entreprise, on arrive à joindre une personne, on arrive même assez facilement à lui parler directement. Il attend le matin avec impatience.

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Published by lyonnelgroulez.over-blog.com - dans Crime passionnel
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